Antibiotiques et l’antibiogramme

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I- Historique :

Le premier antibiotique, identifié dès la fin du XIXe siècle par Ernest Duchesne, fut la pénicilline. Ses propriétés furent redécouvertes par hasard en 1928 par Sir Alexander Fleming qui s’aperçut que certaines de ses cultures bactériennes dans des boîtes de Pétri oubliées avaient été contaminées par les expériences de son voisin de paillasse sur un champignon : le pénicillium notatum. Mais l’importance de cette découverte, ses implications et ses utilisations médicales ne furent comprises et élaborées qu’après sa redécouverte, entre les deux grandes guerres.

Le premier antibiotique (de synthèse) a ouvert une voie nouvelle dans la lutte contre de nombreuses maladies qui étaient considérées comme incurables auparavant. Les antibiotiques ont augmenté l’espérance de vie de ceux qui y ont accès d’environ 15 ans. Comparativement, un médicament qui guérirait 100% des cancers n’augmenterait l’espérance de vie que de 5 ans.

II- Définition :

(Du grec anti : « contre », et bios : « la vie ») est une substance qui a une action spécifique de blocages ou même de destruction des bactéries. Pour les autres micro-organismes, on utilise le terme d’« antifongique » s’il s’agit de lutte contre les champignons, ou d’« antiviral » s’il s’agit de lutte contre les virus.

Cette substance peut avoir une action toxique directe, c’est-à-dire bactéricide ; son efficacité peut être également limitée à empêcher le développement des micro-organismes (action bactériostatique).

– WAKSMAN (1943) :  » toutes les substances chimiques produites par des micro-organismes capables d’inhiber le développement et de détruire les bactéries et d’autres micro-organismes »

– TURPIN ET VELU (1957) :  » Tout composé chimique, élaboré par un organisme vivant ou produit par synthèse, à coefficient chimiothérapeutique élevé dont l’activité thérapeutique se manifeste à très faible dose d’une manière spécifique, par l’inhibition de certains processus vitaux, à l’égard des virus, des microorganismes ou même de certaines êtres pluricellulaires’’.

III- Classification :

Il est nécessaire de connaître les caractères généraux de la famille et les avantages distinctifs des différents membres d’une famille.

  • Les 11 familles d’antibiotiques sont :

•Bêtalactamines : pénicillines / • Aminosides

  • Phénicolés • Tétracyclines
  • Macrolides & apparentés
  • Polypeptides
  • Sulfamides
  • Quinolones
  • Nitro-imidazoles
  • Dérivés des nitrofuranes
  • Dérivés du noyau Benzyl – Pyrimidine.

Les antibiotiques sont classés en famille à partir d’un certain nombre de critères :

  • Origine : élaboré par un organisme vivant ou produit par synthèse, A l’heure actuelle, il s’agira souvent de molécules, le plus souvent obtenues par hémisynthèse.
  • Nature chimique : Très variable, souvent une structure de base comme le cycle B-lactame (famille des B-lactamines) sur laquelle il y a hémisynthèse.
  • Modes d’action : Leur mode d’action bien que parfois imparfaitement connu, est d’une grande variabilité, voire complexe. Sa connaissance peut permettre de comprendre la synergie et les mécanismes de résistance naturelle et acquise.
  • Modalités d’action : c’est l’étude in-vitro des interactions dans le temps entre des concentrations variables d’un antibiotique et d’une bactérie.
  • Spectre d’activité : Liste des espèces sur lesquelles les antibiotiques sont actifs (spectre étroit ou large). Le spectre sera évoqué lors de l’étude des classes thérapeutiques.

Exemple :

IV- Mode d’action :

Le mécanisme d’action des antibiotiques antibactériens n’est pas toujours parfaitement élucidé mais on distingue cinq grands modes d’action :

  • Action sur la synthèse du peptidoglycane.
  • Action sur la membrane cytoplasmique.
  • Action sur l’ADN.
  • Action sur la synthèse des protéines.
  • Action par inhibition compétitive.
Cibles des antibiotiques

  • Les β lactamines : Agissent au ni veau de la paroi bactérienne en inhibant la dernière étape delà synthèse du peptidoglycane entraînant une lyse bactérienne.
  • Les aminosides : Perturbent la synthèse des protéines au niveau de la fraction 3OS du ribosome entraînant la destruction bactérienne. Ils sont bactéricides.
  • Les phénicoles (chloramphenicol et thiamphénicolé) : Les deux molécules sont bactériostatiques. Elles agissent au niveau de la sous unité 50 S du ribosome. Ceci a pour conséquence une inhibition de la synthèse des protéines.
  • Les tetracyclines : Inhibent la synthèse des protéines au niveau de la sous unité 30 S du ribosome.
  • Les polypeptides : sont des molécules qui n’agissent que sur les bactéries à Gram positif en inhibant la synthèse du peptidoglycane donc de la croissance bactérienne.
  • Les macrolides et apparentés : Les macrolides agissent en inhibant la synthèse protéique bactérienne. Ils se fixent sur l’unité 50 S du ribosome et bloquent ainsi la réunion du dernier stade de la synthèse. Ils sont bactériostatiques.
  • Les Quinolones : Inhibent la synthèse del’ADN de la bactérie en se fixant sur le complexe « ADN- ADN gyrase » en empêchant la réplication et transcription de l’ADN bactérienne.
  • Les sulfamides et associations : Ils ont une activité b actério statique. Ils entrent en compétition avec le P AB (acide p ara-amino-benzoïque) bloquant ainsi l’action de la synthétase.
  • Les Nitrofuranes : Agissent en perturbant la réplication de l’ADN.
  • Les Nitromidazoles : Ils agissent en inhibant la synthèse des acides nucléiques entraînant la mort rapide de la bactérie. Les nitroimidazolés sont bactéricides.
  • Les Rifampicines : Agissent en bloquant la transcription par inhibition de l’ARN polymérase.

NB : Les antituberculeux sont caractérisés par leur pouvoir bactéricide sur le bacille de Koch (B.K.). En Algérie, la Rifampicine, l’Isoniazide, l’Ethambutol, la Streptomycine et la Pyrazinamkle sont réservés au traitement de la tuberculose (émergence de mutants R chromosomiques).

V- Mécanismes de résistance aux antibiotiques :

1 – Les types de résistance :

On connaît des résistances naturelles, programmées sur le génome bactérien, donc fixes et constantes à l’intérieur du taxon. A ce titre, elles constituent un critère d’identification.

On connaît des résistances acquises, consécutives à des modifications de l’équipement génétique chromosomique ou plasmidique. Elles ne concernent que quelques souches d’une même espèce mais peuvent s’étendre : leur fréquence varie dans le temps mais aussi dans l’espace – région, ville, hôpital ou même service. Elles constituent un marqueur épidémiologique.

2- Les phénotypes de résistance :

Quand on étudie la sensibilité d’une souche à plusieurs antibiotiques, on détermine son phénotype de résistance aux antibiotiques. Si la souche n’exprime que des résistances naturelles, on dit qu’elle appartient au phénotype « sauvage » ou sensible. Si des résistances acquises ont modifié sa sensibilité, elle exprime un phénotype de résistance qu’on peut identifier et dont on doit tenter de déterminer le mécanisme. Ces phénotypes sont souvent désignés par les initiales des antibiotiques devenus inactifs : ainsi une souche résistante à la kanamycine, à la tobramycine et à la gentamicine appartient au phénotype KTG.

3- Les niveaux de résistance :

D’un point de vue bactériologique, on dit qu’une souche est résistante lorsqu’elle peut croître en présence d’une concentration d’antibiotique plus élevée que la concentration qui inhibe la majorité des souches de la même espèce. Il faut donc tenir compte d’un effet dose. On parle de bas niveau de résistance si la croissance est stoppée par de faibles concentrations d’antibiotique et de haut niveau de résistance si de fortes concentrations sont nécessaires.

4- Le support génétique de la résistance :

La résistance naturelle est programmée dans le génome bactérien. Les modifications génétiques responsables de résistance acquise sont chromosomiques, secondaires à une mutation portant sur le chromosome ou extra-chromosomiques par acquisition de gènes.

Ainsi les bactéries se défendent contre l’action des antibiotiques par trois mécanismes :

– En se rendant imperméable à leur pénétration.

– En produisant des enzymes capables des les inactiver.

– En modifiant la structure de leur cible.

VI- Etude de la sensibilité des bactéries (L’Antibiogramme) :

L’antibiogramme a pour but de déterminer la Concentration Minimale Inhibitrice (CMI) d’une souche bactérienne vis-à-vis des divers antibiotiques. Par définition (O.M.S.), la CMI est la plus faible concentration d’antibiotique capable de provoquer une inhibition complète de la croissance d’une bactérie donnée, appréciable à l’œil nu, après une période d’incubation donnée. La détermination de cette valeur est peu précise mais elle est consacrée par l’usage et elle bénéficie d’une masse importante d’informations recueillies à son sujet.

a- Définition:

Est une technique de laboratoire visant à tester la sensibilité d’une souche bactérienne vis-à-vis d’un ou plusieurs antibiotiques supposés ou connus.

b- Méthodologie :

1- Méthodes de dilution :

Les méthodes de dilution sont effectuées en milieu liquide ou en milieu solide. Elles consistent à mettre un inoculum bactérien standardisé au contact de concentrations croissantes d’antibiotiques selon une progression géométrique de raison 2.

  • En milieu liquide l’inoculum bactérien est distribué dans une série de tubes (méthode de macrodilution) ou de cupules (méthode de microdilution) contenant l’antibiotique. Après incubation, la CMI est indiquée par le tube ou la cupule qui contient la plus faible concentration d’antibiotique et où aucune croissance n’est visible.
Détermination de la CMI par dilution en milieu liquide

– En milieu solide l’antibiotique est incorporé dans un milieu gélosé coulé en boîtes de Pétri. La surface de la gélose est ensemencée avec un inoculum des souches à étudier (un inoculateur à têtes multiples, appareil de Steers, permet d’ensemencer de 20 à 30 souches différentes par boîte). Après incubation, la CMI de chaque souche est déterminée par l’inhibition de la croissance sur le milieu contenant la plus faible concentration d’antibiotique.

Détermination delà CMI par dilution en milieu gélosé

Dans la pratique courante, les méthodes de dilution sont de mises en œuvre délicates et/ou onéreuses et elles sont réservées à des laboratoires spécialisés.

2- Méthodes de diffusion : antibiogramme standard

Les méthodes de diffusion ou antibiogrammes standards sont les plus utilisées par les laboratoires de diagnostic. Des disques de papier buvard, imprégnés des antibiotiques à tester, sont déposés à la surface d’un milieu gélosé, préalablement ensemencé avec une culture pure de la souche à étudier. Dès l’application des disques, les antibiotiques diffusent de manière uniforme si bien que leurs concentrations sont inversement proportionnelles à la distance du disque. Après incubation, les disques s’entourent de zones d’inhibition circulaires correspondant à une absence de culture. Lorsque la technique est parfaitement standardisée,

les diamètres des zones d’inhibition dépendent uniquement de la sensibilité du germe. Une boîte de Pétri de 9 cm de diamètre permet le dépôt de ôdisques imprégnés d’antibiotiques. Apres incubation, les disques s’entourent de zones d’inhibition circulaires correspondant à une absence de culture

3- Standardisation :

La fiabilité des résultats d’un antibiogramme est influencée par de nombreux paramètres qui doivent être rigoureusement contrôlés. La standardisation est régie par des documents émanant de l’O.M.S. et des divers comités nationaux. Selon les pays, il peut exister des variations techniques et il est important de respecter une technique identique à celle utilisée pour l’établissement des courbes de concordance.

4- Techniques particulières :

  • E- test (utilisation de bandelettes imprégnées aux anti-tuberculeux pour un test rapide chez les mycobactéries).
  • Antibiogramme automatisé ou automates.

5- Notion de Bactériostase et de Bactéricidie :


CMI = Concentration Minimale Inhibitrice : Concentration d’antibiotiques la plus faible inhibant toute croissance_bactérienne visible (Très utilisée en pratique).

CMB = Concentration Minimale Bactéricide : Concentration d’Antibiotique laissant subsister moins de 0,01 % de survivants.

Rapport CMB/CMI :

Utilisé pour distinguer

  • Antibiotiques bactéricides (CMB/CMI < 2)
  • Antibiotiques bactériostatiques (CMB très éloignée de la CMI)

Définit la tolérance d’une souche (CMB/CMI >32)

Ex. Bactéries à Gram positif et ATB actifs sur la paroi (Streptocoques et b-lactamines).

6- Expression des résultats :

Les résultats quantitatifs (CMI en mg/mL) sont le plus souvent interprétés par les laboratoires en termes de possibilité thérapeutique. Cette interprétation, habituellement exigée par les cliniciens, n’est, selon Chabbert, ni obligatoire ni toujours souhaitable. Elle consiste à comparer les valeurs des CMI avec les concentrations critiques établies pour chaque antibiotique.

Après ensemencement et incubation, le disque d’amoxycilline est entouré d’une zone d’inhibition de 10 mm (mesure effectuée avec un pied à coulisse).

Schématiquement, la concentration critique supérieure correspond à la plus grande quantité d’antibiotique actif que l’on peut obtenir dans le sérum et les tissus à la suite d’un traitement effectué à la posologie habituelle et la concentration critique inférieure correspond à la plus faible concentration humorale et tissulaire d’antibiotique actif.

7- Lecture interprétative de l’antibiogramme :

La lecture interprétative de l’antibiogramme est fondée sur la connaissance des phénotypes de résistance. Elle a pour principal but de transformer un résultat catégorisé « sensible » en un résultat « intermédiaire » ou « résistant » en raison d’un risque d’échec thérapeutique. De plus, pour quelques couples bactérie-antibiotique, malgré une catégorisation  » sensible « , le risque accru de sélection in vivo de mutants résistants justifie un commentaire particulier destiné au clinicien. La lecture interprétative nécessite une identification correcte de la souche et une méthode d’antibiogramme parfaitement standardisée. La mise en évidence de phénotypes de résistance hautement improbables compte tenu de l’identification de la souche doit conduire à vérifier l’identification bactérienne, à contrôler la pureté de l’inoculum et à contrôler la technique de l’antibiogramme.

8- Limites de l’antibiogramme :

La réalisation d’un antibiogramme est soumise au respect de conditions techniques qui sont parfois incomplètement et insuffisamment respectées.

Un antibiogramme doit obligatoirement être effectué sur une culture pure et identifiée. Cette dernière condition permet d’ajuster la densité de l’inoculum, de choisir judicieusement les antibiotiques à tester et de pratiquer une lecture interprétative.

Un antibiogramme réalisé de manière non standardisée et sur un mélange de germes non identifiés est dépourvu de sens.

Tout laboratoire devrait vérifier la validité de sa technique en testant, au moins une fois par mois, la sensibilité des souches de référence et vérifier que les diamètres des zones d’inhibition obtenues vis-à- vis des divers antibiotiques sont conformes aux valeurs publiées par le Comité de l’Antibiogramme. Les techniques de l’antibiogramme ont été standardisées uniquement pour les bactéries cultivant rapidement sur milieux usuels. Lorsque la souche isolée ne rentre pas dans ce cadre, l’interprétation est parfois délicate.

9- Example : Recherche de la résistance hétérogène du Staphylocoque :

La mise en évidence de cette résistance particulière au Staphylocoques dont seule une fraction de la population exprime le caractère vis-à-vis des Béta lactamines (SARM), pose au bactériologiste un problème délicat. L’antibiogramme sur milieu usuel ne permet pas habituellement sa détection.

Différents artifices techniques rendent possible le démasquage du phénomène. On utilise un inoculum en germes plus chargé que de coutume, un milieu de culture dit hypertonique consistant en un milieu de Mueller Hinton contenant 5% de Na Cl. La lecture se fait après une incubation de 24 h à 30°C, la confirmation se fait après 48h, l’existence d’une population dite hétérogène se traduit par une repousse bactérienne faite de colonies de taille variable autour du disque de pénicilline M, alors qu’un même disque aurait, dans les conditions normales montré une belle zone d’inhibition.

VII- Conclusion :

Dans moins d’un siècle d’existence l’antibiotique est devenu un moyen efficace pour la lutte contre les infections, mais l’utilisation abusive et non contrôlée constitue un danger pour les populations et un casse tête pour la communauté scientifique qui commence à tirer la sonnette d’alarme afin de sensibiliser aux risques encourus et aux conséquences dramatiques dans l’absence d’un substitut thérapeutique.

Cours du Dr H.ALLAG – Faculté de Constantine

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