Ectoparasitoses cutanées

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Gale acarienne humaine

Introduction :

Il s’agit d’une maladie ectoparasitaire cosmopolite, très contagieuse, due à la colonisation cutanée par un acarien Sarcoptes scabiei, variété hominis

Épidémiologie :

  • Affection répandue dans le monde, touche tous les individus sans distinction de sexe ni d’ethnie
  • Transmission :

Contact humain direct : peau contre peau, le plus souvent au sein d’un couple (Infection Sexuellement Transmissible) ou d’une famille

Indirecte : rarement, par contact avec le linge ou surtout la literie

  • Parasitologie : parasite humain obligatoire, durée de vie de 1 à 2 mois, la femelle pond 3 à 5 œufs par jour dans le sillon de la couche superficielle de l’épiderme. Chaque œuf va éclore, donnant une larve puis une nymphe puis un adulte en 20 jours. Le Sarcopte adulte ne survit pas plus de 1 à 2 jours en-dehors de son hôte

Clinique :

  • Forme typique :

Incubation : 3 semaines en cas de primo-infestation, 1-3 jours si ré-infestation

Signe subjectif : prurit +++ : diffus, épargnant le visage et le dos, à recrudescence nocturne, souvent conjugal ou familial

Lésions objectives :

Non-spécifiques : fréquentes, dues au grattage

Topographie : évocatrice, espaces interdigitaux, face antérieure des poignets, coudes, ombilic, fesses, face interne des cuisses, organes génitaux externes chez l’homme, mamelon et aréole mammaire chez la femme

Spécifiques : plus rares, à rechercher systématiquement

Sillons scabieux : trajet de l’acarien femelle dans la couche cornée, lésions sinueuses de quelques millimètres de long, visibles surtout entre les doigts et sur  la  face  antérieure  des  poignets,  peuvent  être  mis  en  évidence  par coloration à l’ancre, chaque sillon contient les œufs pondus et, à l’une des extrémités, se trouve une discrète surélévation correspondant à la position de l’acarien femelle

Vésicules  perlées :  petites  élevures  translucides,  reposant  sur  une  base érythémateuse, siègent surtout dans les espaces interdigitaux

Nodules  scabieux :  papulo-nodules,  rouges  violacés,  prurigineux,  parfois excoriés, siégeant surtout sur les régions axillaire et génitales de l’homme

  • Formes cliniques :

Gale du nourrisson : en plus des signes déjà mentionnés, on retrouve des vésiculo-pustules

palmaires et plantaires (+++), nodules scabieux péri-axillaires, atteinte possible du visage

Gale profuse : caractérisée par le caractère profus et étendu de l’éruption cutanée (y compris le dos). Elle est la conséquence d’un diagnostic tardif, parfois d’un déficit immunitaire

Gale hyperkératosique (dite Norvégienne) : très contagieuse

Prurit : souvent discret voire absent

Terrain : immunodéprimés ou sujets âgés en collectivité

Clinique : atteinte de tout le corps, y compris le visage, le cuir chevelu et les ongles, avec zones hyperkératosiques

Gale des « gens propres » : trompeuse (car pauci-lésionnelle, signes spécifiques très discrets), le diagnostic repose sur l’anamnèse (caractéristiques du prurit et contexte familial) et la recherche des lésions spécifiques

Formes compliquées :

Surinfection : impétiginisation des lésions

Eczématisation : secondaire à la gale ou à son traitement

Nodules post-scabieux : lésions papulo-nodulaires ubiquitaires, prurigineuses, rouges ou cuivrées, pouvant persister plusieurs semaines après un traitement efficace. Ils sont d’origine immuno-allergique

Évolution :

  • Sans traitement : elle persiste indéfiniment et se complique
  • Sous traitement : le prurit disparaît, le plus souvent, en quelques jours, parfois, il persiste plus longtemps (2 à 4 semaines). Au-delà de ce délai, on parle d’un prurit post-scabieux qui peut être lié à une ré-infestation ou une persistance de l’affection

Diagnostic positif :

Le diagnostic est, avant tout, clinique et repose sur :

  • Anamnèse (prurit familial à renforcement nocturne) et éruption cutanée de topographie évocatrice
  • Examen parasitologique : il faut gratter un sillon avec un vaccinostyle, recueillir le matériel de ce sillon en prélevant. L’examen au microscope optique permet de voir les œufs ou l’acarien adulte femelle

Diagnostic différentiel :

Pédiculose corporelle, gale d’origine animale (qui donne chez l’homme un prurit avec des lésions excoriées, mais pas de sillons), autres causes de prurit

Traitement :

  • Objectifs : traitement du malade, de la literie et de l’entourage proche
  • Traitements locaux :

Benzoate de benzyle (Ascabiol®) : lotion à 10%

Mode d’emploi : après un bain tiède, sur peau humide et respectant le visage et les muqueuses, on applique : J1 -> 2 applications le soir à 10 min d’intervalle, J2, J3, J4 -> renouveler l’application sans se laver, J5 -> prendre un bain. Chez le nourrisson, un seul badigeonnage dilué de ½, gardé  12-24h,  bander les mains pour éviter l’ingestion accidentelle

Effets secondaires :

Locaux : irritation, cuisson, eczéma de contact

Généraux : toxicité neurologique si ingestion ou passage cutané

Organochlorés (Lindane : Scabécid®) : lotion à 1%

Mode d’emploi : une seule application sur peau sèche, appliquer le produit puis rincer (après 12h chez l’adulte, après 6h chez l’enfant). À renouveler 1 semaine après si échec

Effets secondaires :

Locaux : irritation et eczéma de contact

Généraux : toxicité neurologique (+++), rénale, hématologique et hépatique

Contre-indications : enfant de moins de 2 ans, femme enceinte (plus grand risque de passage cutané)

Crotamiton (Eurax®) : crème à 10%

Indications : traitement symptomatique du prurit et des nodules scabieux

Mode d’application : 2 à 3 fois par jour

Autres : Pyrethrine (Spregal®), Benzochloryl (DDT®), vaseline soufrée (2-10%, surtout pour la gale des nourrissons)

  • Traitement par voie générale : Ivermectine (Mectizan®) : comprimés à 3 et 6 mg

Mode d’emploi : à raison de 200 µg/kg à jeun depuis 2h, soit 1 comprimé de 3 mg/15 kg, une 2e dose à 15 jours d’intervalle peut être nécessaire

Indication : gale croûteuse, gale de patients infectés par VIH

Contre-indications : grossesse, enfant moins de 15 kg ou 2 ans

  • Mesures générales : désinfection du linge et de la literie des 3 jours précédents le traitement et pendant le traitement (lessivés et repassés au fer chaud), ceux qui ne peuvent pas être lavés sont mis à l’écart pendant 3 jours ou poudré par Aphteria® pendant 48h dans un grand sachet, traitement concomitant des sujets contact même sans signe clinique

Pédiculoses :

  • Les pédiculoses sont des pathologies ubiquitaires en rapport avec l’infestation par des insectes hématophages cosmopolites : les poux
  • Trois espèces de poux sont susceptibles d’infecter l’homme :

Pediculus humanus variété capitis : qui vit dans le cuir chevelu

Pediculus humanus variété corporis : qui vit dans les vêtements et se nourrit sur le corps

Phtirius pubis (ou inguinalis) : qui vit sur le pubis

  • Parasitologie : les poux sont des insectes de 1-3 mm, visibles à l’œil nu, la femelle pond en moyenne 10 lentes (œufs) par jour qui éclosent en 8 jours pour donner des nymphes qui deviennent adultes en 10 jours. La femelle vit de 1 à 3 mois mais peut survivre en-dehors de son hôte (quelques heures pour P. capitis et jusqu’à 3 semaines pour P. corporis)

Pédiculose de la tête :

  • Elle est due à l’infestation du cuir chevelu par le pou de la tête (Pediculus humanus variété capitis)
  • Épidémiologie : la plus fréquente des pédiculoses, touche préférentiellement les enfants d’âge scolaire (4-11 ans), transmission interhumaine surtout directe (par contact) rarement indirecte (par les vêtements ou une brosse à cheveux)
  • Manifestations cliniques :

Prurit : du cuir chevelu (50% des cas), surtout dans les régions temporales, occipitales et rétro-auriculaires, pouvant s’étendre vers la nuque et le haut du dos

Lésions de grattage : du cuir chevelu et de la nuque

➢ ± des lésions croûteuses surinfectées (impétiginisation), des adénopathies cervicales voire même une eczématisation (tout impétigo de la nuque ou du cuir chevelu doit faire rechercher une pédiculose)

  • Diagnostic de certitude : repose sur la découverte des poux vivants et la présence de lentes (régions rétro-auriculaires +++)

Pédiculose corporelle :

  • Elle est due à l’infestation du corps par le pou du corps (Pediculus humanus variété corporis)
  • Épidémiologie : beaucoup plus rare que la pédiculose du cuir chevelu, touche avec prédilection les sujets en état de précarité, transmission interhumaine directe (promiscuité des asiles de nuit) ou indirecte (vêtements)
  • Parasitologie : le pou circule sur le corps le temps de se nourrir, il se réfugie ensuite dans les vêtements et pond ses œufs
  • Manifestations cliniques :

Prurit : intense et généralisé (lié à une sensibilisation à la salive du pou)

Lésions de grattage : disséminées sur le tronc et la racine des membres, pouvant être hémorragiques ou se surinfecter, parfois des lésions urticariennes ou mélanodermiques

  • Diagnostic de certitude : la découverte de poux et des lentes sur les vêtements ou sur le corps lors du déshabillage

Pédiculose pubienne (phtiriase) :

  • Il s’agit d’une ectoparasitose due à Phtirius inguinalis, le pou pubien ou morpion
  • Épidémiologie : rare,  transmission  surtout  directe  par  contact  sexuel  (IST).  La  contamination indirecte est, théoriquement, possible par les serviettes ou la literie
  • Parasitologie : contrairement au pou de tête et au pou du corps qui sont très mobiles, l’adulte vit accroché aux poils du pubis et les poils adjacents (inguino-fessiers, cuisses, abdominaux, thoraciques) et parfois les poils axillaires, la barbe, les cils et les sourcils
  • Manifestations cliniques : prurit (pubien, parfois des aisselles, barbes, sourcils…), lésions de grattage ou de surinfection locale…
  • Diagnostic de certitude : découverte des poux et des lentes accrochés à l’émergence des poils

Traitement des pédiculoses :

➢ Les traitements sont des insecticides neurotoxiques pour le pou ; quelle que soit leur classe, ils doivent avoir une activité pédiculicide et lenticide

➢ Les shampooings et les poudres sont moins efficaces que les solutions, les lotions ou les crèmes. L’utilisation de spray est contre-indiquée si l’enfant ou le parent utilisateur est asthmatique en raison du risque de bronchospasme

  • Classes pharmacologiques :

Organophosphorés (Malathion :  Prioderm®) :  est  le  chef  de  file,  lotion  de  0.5%  pour application locale, évité avant 6 mois, pédiculicide et lenticide, une application, raie par raie, de 10-20 ml sur le cuir chevelu et les cheveux non-humides, puis suivie, 12h après d’un shampooing non-traitant, d’un rinçage à l’eau vinaigrée et d’un peignage soigneux

Pyréthrines : la durée de l’application varie selon l’âge et la spécialité utilisée (quelques minutes à quelques heures), pédiculicide et lenticide, ils existent plusieurs formes : lotion, solution, shampooing, crème. Exemple : item antipoux® shampooing (0.4%) et lotion (0.3%)

Lotion : appliquer à la base des cheveux de manière à bien humidifier l’ensemble du cuir chevelu et la chevelure, laisser en contact 10 minutes puis rincer

Shampooing : mettre 8-20 ml sur le cuir chevelu préalablement mouillé, bien faire mousser, laisser en contact 5-10 minutes puis rincer. 2e application 24h après

Organochlorés  (Lindane : Scabecid®,  Aphteria®) : pédiculicide mais faiblement lenticide, doivent être évités (toxicité neurologique potentielle). Aphteria® : laissée pendant une nuit, renouveler l’application le lendemain et 8 jours après

  • Indications :

Pédiculose du cuir chevelu :

Mesures  individuelles :  en  première  intention :  lotions  à  base  de  Malathion (Prioderm®), pour les personnes vivant dans le même foyer, seuls les sujets parasités sont traités

Autres mesures : il faut traiter les vêtements et la literie en cas d’infestation massive : lavage en machine à 50°C des draps, des oreillers, des peluches et des bonnets. Peignes et brosses sont trompés dans l’insecticide ou isolés pendant 3 jours

Pédiculose corporelle : la décontamination du linge et de la literie par la poudre Aphteria® est le plus souvent suffisante

Pédiculose pubienne : les poux du pubis relèvent du même traitement que la pédiculose du cuir chevelu, le rasage des poils est parfois nécessaire si les lentes sont abondantes, les vêtements et la literie sont lavés à 50°C, dépister une autre IST associée et traiter les partenaires

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